Portrait et visite de l’atelier de la créatrice Sylvie Mispouille

Portrait et visite de l'atelier de la créatrice Sylvie Mispouille - Photos : Céline Deligey - Blog mariage : La mariée aux pieds nus

La créatrice de robes de mariée Sylvie Mispouillé nous ouvre les portes de son atelier niché au coeur de sa maison de famille, et partage avec nous son parcours, son processus de création, ses inspirations, et sa façon de concevoir son métier.

Un article portrait de professionnels illustré grâce à la photographe Céline Deligey. L’occasion d’en apprendre d’avantage sur les coulisses de la création de robes de mariée…

Dis nous en plus sur ton parcours. Sur ce qui t’a mené à la création de robes de mariée.

Depuis toute petite, j’ai été comme attirée, fascinée, par Paris. Venant d’un petit village cette ville représentait pour moi l’ouverture d’esprit. J’ai toujours été intriguée par l’Histoire de la Mode. L’évolution des mœurs et l’émancipation des femmes se reflètent dans les vêtements. C’est d’abord cette approche sociologique et historique qui m’a plu, puis dans les années 80 Jean-Paul Gaultier est arrivé et là j’ai été définitivement convaincue !

Diplômée de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, j’ai travaillé pendant près de 10 ans pour plusieurs maisons de couture. Je suis venue à Toulouse en 1997, point de départ de mon atelier. Je me suis tournée tout naturellement vers la robe de mariée, passerelle incontournable pour exercer mon métier de styliste et de modéliste, qui n’avait réellement de valeur qu’à Paris. Je pouvais, par le biais de la robe de mariée continuer à travailler la création et le sur-mesure, proposer des modèles uniques. J’ai tellement aimé travailler de la sorte, qu’aujourd’hui c’est devenu une respiration, une manière de vivre.
De fil en aiguille, été 2012, mon atelier s’est installé à Montauban près de Toulouse. »

Que perçois-tu des envies des mariées et comment réponds tu à leurs nouveaux besoins ?

Les couples qui se marient actuellement, vivent ensemble souvent depuis longtemps et ont pour la plupart des enfants. Ils souhaitent avoir un mariage à leur image et se l’approprient pleinement.

« Selon moi une des revendications premières des mariées aujourd’hui est de se sentir libre dans leur robe. Elles aiment aussi l’idée d’une robe unique, d’un travail fait main. De plus en plus de mariées sont sensibles également à la provenance des matières, elles privilégient pour certaines le goût de l’artisanat. Elles sont très sensibles à l’intimité et au calme que suggère l’atelier. Découvrir toutes les étapes liées à la création de leur robe de mariée, et le fait qu’elle soit pensée seulement pour elles, les charme particulièrement. En faisant le choix de ce travail-là, les futures mariées donnent du sens à leur propre robe et moi, de ce fait, à mon travail. Il ne s’agit plus seulement de mode. »

Comment conçois tu le service client, le moment des essayages et ta relation avec les futures mariées ?

« Plutôt que de service client, je parlerais de rencontres, d’échanges avec les clientes, avec pour ma part le désir de satisfaire au mieux leurs souhaits. Il doit forcément se créer une relation de confiance suffisamment intime pour que je puisse entendre ce que la future mariée a à me dire, à me transmettre. Les essayages sont des heures suspendues, un peu hors du temps, la concentration est partagée, les détails prennent toute leur importance. Ces moments de travail sont aussi très gais, voire exaltés, à la fois pour la mariée qui voit son projet de robe se concrétiser au fil des essayages, et pour moi car chaque création est le plus souvent un prototype unique. Alors je savoure… »

Qu’est ce qui pour toi rend ton métier vraiment particulier ?

Je crois que ce que j’aime le plus dans ce métier réside surtout dans la façon dont je l’exerce. Je m’explique…Je ne pratique pas uniquement le métier de styliste mais aussi celui de toiliste, je réalise moi-même les essayages, je monte aussi les robes, j’accompagne la cliente jusqu’à la livraison de sa robe de mariée. J’aime aussi particulièrement les étapes liées à la recherche, les gestes précis que l’on développe, l’élaboration de la toile à patron. Un lien très étroit se crée avec les matières. Ce rythme est si particulier, comme déconnecté de notre époque. La réponse est dans cet reportage photo je crois, réalisée par Céline Deligey. J’avais justement envie de montrer ce travail que j’aime tant. « Journal de l’atelier » sera donc ma plus belle réponse! »

quelles difficultés rencontre-tu dans ton métier ?

« En ce qui concerne les difficultés rencontrées, elles sont le plus souvent induites par la raréfactions des merceries, des brodeurs…Il faut sans cesse se remettre en questions, ne pas hésiter à modifier sa façon de travailler. C’est souvent en cherchant des solutions nouvelles que l’on améliore son propre travail, que l’évolution devient possible. »

De quoi es-tu la plus fière?

« Ce qui me remplit de fierté c’est d’être parvenue à exercer ma passion, d’avoir également fait le choix d’installer l’atelier dans notre maison pour pouvoir aussi être au plus près de ma famille. Mon mari a toujours été partie prenante et ça c’est fondamental. L’atelier a toujours fait partie de notre lieu de vie, il est étroitement lié à la vie de notre famille! Au tout début, notre première fille dormait dans une alcôve de l’atelier! Puis notre deuxième fille est arrivée, nous avons forcément déménagé, l’atelier nous a suivis. »

Ton regard sur le marché du mariage en France?

« Je n’ai pas vraiment d’analyse du marché car la façon dont je travaille est atypique et profondément déconnectée du marché du mariage. Travaillant seule, je ne peux accepter qu’une petite quantité de travail, je privilégie toujours la qualité à la quantité, ce qui n’est pas vraiment à l’ordre du jour! Le point positif toutefois et qui n’existait pas quand j’ai débuté c’est la multitude de styles, de marques, de prix, je pense que chacune peut trouver la robe qui lui convient. »

Quelle leçon si il y en a une as-tu apprise durant ta carrière ?

« Une des leçons les plus importantes que mon expérience m’a apportée, c’est que travailler seule offre une grande liberté mais qu’il faut être en béton armé pour durer!
J’ai appris aussi au fil des années que les relations tissées avec les clients restent intactes dans ma mémoire, comme des souvenirs précieux, je n’avais pas imaginé l’importance de ces rencontres . »

Quel conseil donnerais-tu (au toi de tes débuts  ou ?) à ceux qui voudraient se lancer?

« Je me pose parfois cette question, et n’ai pas vraiment de réponse. Comme je l’explique dans ma démarche, notre société va de plus en plus vite, et change rapidement. Il faut, malgré tout, s’interroger sur la raison première qui nous pousse à se lancer, qu’ est-ce que l’on cherche et qu’est-ce que l’on peut obtenir. Ne pas perdre de vue qu’il est nécessaire d’apporter quelque chose de nouveau. Ce qui est sûr c’est que si l’on parle de passion, je dirais humblement qu’il faut trouver le moyen de l’exercer, de toutes les façons on ne peut pas faire autrement, on doit le faire c’est tout!… Et ensuite on s’adapte aux surprises de la vie. « 

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